Ces jeux relationnels qui nous polluent

           L'homme est un animal social, porté à entrer en lien avec les autres êtres humains. Certains d'entre nous sont moins enclins que d’autres à se rapprocher de leurs congénères, mais, à moins de s'isoler sur une île déserte, les relations humaines sont incontournables ! Or, Entrer en lien avec les autres, communiquer, se positionner par rapport aux autres sont des processus qui, comme tout autre processus, nécessitent un apprentissage.
En fonction de notre histoire de vie, des modèles que nous avons pu observer étant enfant, des injonctions reçues par l'éducation : " Fais-toi oublier, les autres d'abord ", ou bien : " Ne pense qu'à toi, sinon tu te feras bouffer "... et des expériences plus ou moins traumatisantes de notre vie d'adulte, nous avons développé nos propres processus relationnels, sans forcément en prendre conscience ni en évaluer la pertinence ou les remettre en cause.
Je vous propose de décrypter les schémas relationnels que vous avez pu mettre en place au cours de votre vie, et qui sont peut-être toujours d'actualité. C’est l’occasion de vous demander si cela vous convient, vous apporte de la sérénité et de l'énergie, ou bien si cela vous en retire...

LE TRIANGLE DRAMATIQUE

Le concept que je souhaite vous présenter s'appelle le triangle dramatique, et il porte bien son nom ! Il présente les interactions humaines sous forme de jeux de rôle ; on retrouve ces jeux dans les pièces de théâtre, les romans, les films... et dans la vie !
Ce triangle met en scène les relations entre deux personnes, qui peuvent, alternativement, prendre un des trois rôles suivants : le sauveur, la victime ou le persécuteur. Nous avons tous un rôle dominant, mais en fonction des contextes et des interlocuteurs, nous sommes amenés à jouer les trois.
Ces relations ne sont ni saines ni équilibrées, et identifier quel rôle vous jouez et quel rôle joue l'autre personne peut vous permettre d'en sortir, et même, idéalement, de ne plus y rentrer !
 
Mais quels sont ces trois rôles ?

Le sauveur

Comme son nom l'indique, le sauveur s'accomplit en sauvant l'autre. C'est ce qui lui donne sa raison de vivre. Il va chercher à aider, à venir en aide à l'autre, qu'il l'ait demandé ou non ! Ce comportement infantilise l'autre personne, la dépossède de son pouvoir de décision et crée une situation de dépendance. Le message qui est reçu est : " Je sais mieux que toi ce qu'il te faut, tu n'es pas capable de t'occuper de toi par toi-même, tu as besoin de moi ". On peut donc comprendre aisément qu'à force la personne "sauvée" malgré elle se sauve justement en mettant fin à cette relation qui lui renvoie une image dégradée d'elle-même ! Cette fuite peut provoquer chez le sauveur incompréhension et frustration, ce qui peut l'amener à se mettre en position de victime (" je lui ai rendu service et il me laisse tomber, c'est injuste ! ") ou de persécuteur (" puisque tu me laisses tomber, je vais te le faire payer ").

La victime

 
La victime cherche à attirer l'attention sur elle en mettant en avant les injustices qu'elle subit et à quel point elle ne peut avancer dans sa vie à cause d'éléments extérieurs (personnes, circonstances...). Elle a tendance à s'accorder peu de valeur et ce manque d'estime d'elle-même va limiter sa capacité d'action. Cette personne attire à elle des sauveurs auprès de qui elle peut se plaindre et obtenir l'intérêt dont elle a besoin. À terme, la victime attire aussi à elle des persécuteurs, car en affichant ses faiblesses, elle donne à l'autre les clés pour l'atteindre et lui permettre de rester dans son rôle de victime.

Le persécuteur

 Le persécuteur cherche à combler son besoin de domination sur les autres, posture qui le rassure car elle lui permet de contrôler et diriger. Il va critiquer, punir, tenir des propos désobligeants envers sa victime. Cette victime, si elle reste dans cette relation, peut alors partir à la recherche d'un sauveur : le triangle est alors complet !
 
Les rôles que nous jouons ont le plus souvent été appris dans l'enfance. Nous avons développé une technique nous permettant de survivre dans l'environnement relationnel dans lequel nous baignions. Par exemple, si nous avons eu un parent persécuteur, nous avons peut-être préféré nous positionner en victime car nous n'étions pas en mesure d'affronter le persécuteur. Pour aller plus loin dans l'analyse et surtout trouver des pistes pour rééquilibrer ses relations à la lumière du triangle, il est important d’identifier les messages contraignants qui ont été inculqués pendant notre éducation, de les questionner et les travailler. Ce thème fera l'objet du prochain article qui sera publié la semaine prochaine.
 
À vous de faire le point sur vos relations actuelles et de vous demander quelle nouvelle réponse vous souhaitez mettre en place face à la victime, au persécuteur ou au sauveur à qui vous avez affaire...